Rythme et Rupture

Harley Queen (incarnée par Margot Robbie dans le film "Suicide Squad" de Warner Bros)  et Dita von Teese 

Rythme et rupture : l’avènement des modèles alternatifs

 

Vous l’avez certainement remarqué en parcourant les castings et les annonces, il y a des modèles « type agence » et … les autres. Les premières, de type agence, possèdent un style assez uniforme et remplissent selon les agences des critères physiques très stricts. Ne devient pas mannequin qui veut, mais qui peut ; et le style, comme la photogénie, feront le reste. Les secondes, les « autres », qui sont le plus souvent débutantes ou amatrices, ne remplissent pas les critères attendues de tout mannequin pouvant intéresser les agences.

 

Pour les photographes, la plupart des interactions s’effectuent via les réseaux sociaux ou les nouveaux sites de booking en ligne. Internet multiplie ainsi les opportunités de shootings et permet de prendre le pouls des courants et des grandes tendances. Dans les univers parallèles à la mode classique, loin des grandes marches des podiums, les modèles dits alternatifs évoluent dans les coulisses.

 

Au centre de cette galaxie inventive se trouve un duo inspirant, devenu le fer de lance de ces nouveaux modèles : les Suicide Girls et les Burlesques.

 

Le concept de Suicide Girls a été développé par Chuck Palahniuk (auteur du génialissime roman Fight club). Dans son œuvre « Survivor », la Suicide Girls est une femme qui commet un « suicide social » ;  non seulement en rejetant la société, à l’instar de la punkette, mais en la défiant.

Les Burlesques, dont la figure de proue est Dita von Teese, ont capitalisé sur le potentiel de la femme fatale des années 50. La légendaire Rita Hayworth, dans Gilda, a marqué les esprits par un « presque strip tease » lorsqu’elle ôte lentement son gant. A la même époque, la reine des pin-up hantait les fantasmes de nombreux hommes. Betty Page, icone de la culture pop underground des années 50/60, incarnait la face cachée de la féminité de ces années : la Marilyn Monroe du « côté obscure de la force ».

 

Pile ou face ?

 

SG contre Burlesque ? Il n’existe aucune animosité entre ces deux groupes, comme celle qui a pu opposer les Capulets et les  Montagus, les Jets et les Sharks, ou les Bloods et les Creeps, voire les Claude François et les Sardou.  Cette opposition n’est qu’un effet stylistique servant l’article, parce qu’il est simpliste de dire que les SG et les burlesques s’opposent. C’est tout le contraire. Ce sont les deux faces d’une même pièce. Les deux facettes de la même médaille : une femme forte, à la sensualité maîtrisée et affichée, au corps accepté et totalement assumé. Dans les deux cas, ces styles montrent une réappropriation de la féminité et de son pouvoir. Son charme est au cœur de la symbolique.

 

Tout est une question de prise de conscience de se prendre en main.

 

La SG, s’impose parce qu’elle se prend en main. Elle aime se montrer. Elle offre aux regards sa découverte artistique et son accomplissement personnel obtenu par la transformation de son corps. Elle arbore fièrement ses piercings, ses colorations excessives et sa collection de tatouages colorés, inspirés de référence à la subulture Geek ou Rock underground.

 

« La forme, c’est le fond qui ressort ».

 

La Pinup des années 50 était une « femme objet idéalisée » que le GI « punaisait » au-dessus de son lit. De nos jours, c’est cette femme, l’effeuilleuse, la charmeuse de serpents, qui épingle les hommes sur la pointe de leurs fantasmes. Elle collectionne leurs rêves, affichés sur le mur de sa loge ; et elle contemple son succès avec un grand sourire, avant d’entrer en scène.

 

Les femmes du Burlesque ont le sens du spectacle et savent se mettre en scène. Elles ont la forme et ont des formes. Elles sont généreuses dans leurs émotions et dans leur féminité. Pour elles, parce qu’elles s’aiment, et parce qu’elles s’assument.

 

Si, comme moi, vous observez ces mouvements culturels populaires attentivement, vous y verrez une totale complémentarité ; pas dans l’esthétique, mais dans l’esprit, pas dans la forme, mais dans le fond. Comme disait Victor Hugo, « la forme, c’est le fond qui ressort ».

 

 

On assiste à un retour en forme d’une féminité assumée et plus forte que jamais. 

Qu'est-ce que la beauté ?

Tout le monde la perçoit, mais il est compliqué de l'exprimer

 

Le Larousse nous donne la définition suivante : 

 

" Qualité de quelqu'un, de quelque chose qui est beau, conforme à un idéal esthétique (la beauté d'une femme, d'une œuvre musicale). Le caractère de ce qui est digne d'admiration par ses qualités intellectuelles ou morales (la beauté d'un acte désintéressé). Une femme très belle, séduisante (une beauté brune)."


 

Sur ce dernier exemple, la définition tourne en boucle et on constate avec surprise que la "beauté" renvoi, non sans maladresse, à une "femme très belle". Il suffisait d’y penser !

 

La beauté est tout d’abord subjective mais aussi un état, une façon d’être. Ashley Graham nous le fait comprendre à chaque apparition dans les médias.

 

Cet "idéal esthétique" varie donc en fonction des personnes, mais aussi des cultures et bien entendu des époques. L’expérience, un peu simpliste mais amusante, de cette journaliste qui a demandé de faire retoucher sa photo dans 25 pays le démontre. Le résultat est intéressant. 

 

 

En étant simpliste, on peut dire qu’une chose serait "belle" si elle répond à une variété de critères esthétiques. Pas seulement. En effet, pourquoi trouvons-nous des paysages beaux? Pourquoi des photos de sans-abris peuvent être des sujets captivant et dégager de la beauté (comme les photos de Lee Jeffries )?

 

C'est parce qu'il se dégage une sensation, une émotion, un ressenti qui nous inspire un état. Ce moment nous fais entrer en communion avec l'œuvre. Le beau devient un lien et, de ce rapport à l'œuvre, découle une harmonie.

 

Lorsque nous faisons une photo nous cherchons ce lien et ce sens : cette relation harmonieuse entre un message et une émotion.